Quand la mort se met à danser

Il est 14 heures lorsque l’agent de la municipalité déverrouille la porte du tombeau. La famille est là, regroupée au pied du monument funéraire. La porte de béton tremble un peu. L’excitation monte alors d’un cran. Shootés par le toka gasy et la musique lancinante de la fanfare postée en retrait du tombeau, hommes et femmes s’agitent dans une sorte de transe incontrôlable. Tandis qu’une poignée d’hommes s’infiltre dans la noirceur du tombeau, les villageois se massent devant son entrée pour en voir sortir les premières dépouilles. Enroulés dans des linceuls et protégés par des nattes, les corps retrouvent la lumière, 3 ans, 5 ans, 7 ans ou parfois même 9 ans après avoir été enfermés dans le caveau familial. L’orchestre accélère le rythme. La caisse de résonance des tambours s’infiltre en secret dans tous les crânes. Les cris redoublent, les bras se lèvent, les yeux tournoient, la poussière monte. Ivres, les hommes extraient les derniers corps puis les alignent au sol. Les nouveaux linceuls, blancs comme neige, sont alors dépliés puis enroulés autour de Dada et Mama partis il y a déjà plusieurs années. L’alcool, dont on ne saurait dire ni le degré ni la contenance exacte, est proposé au vazaha que je suis. Je m’exécute sous les vivas de la foule qui s’agrippe à mon cou et me fait danser. Le protocole dure encore une heure. Drapés dans leurs nouveaux « habits », les défunts soigneusement distingués par une écriture posée à même le linceul retournent alors dans la fraîcheur et le calme du tombeau…jusqu’au prochain famadihana.


1 Comment

  1. damien et caro
    Posted 26 avril 2010 at 18:49 | Permalink

    salut sully.

    comment va tu ?
    ravi de voir que tu a ecrit un livre, j’ai hate de le trouver et de le lire
    a +

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