Category Archives: Actualité

Paradoxe d’affranchi

Qu’il est difficile de trouver le temps d’écrire lorsque l’on court. Voilà maintenant plus de deux mois que je suis à Dar es Salaam. Une arrivée différente de toutes celles que j’ai pu connaitre auparavant. Deux mois à courir puisqu’il le faut bien parfois. Trouver le temps pour respirer, regarder autour de soi, partager quelques saveurs. Sur la route, j’ai donc découvert une partie de « Dar ». Agitée, humide, étouffante, elle dévoile ses charmes à petites doses. J’ai connu contrées plus généreuses. Ici, je prends mes repères, commence à jouir de certaines habitudes, redécouvre les nuits noires et les ciels immenses. Une escale savoureuse et colorée du côté de Zanzibar et me voilà de retour dans la cité portuaire.

Courir mais finalement pouvoir prendre le temps, le temps de quelques jours. Regarder la carte et se dire que c’est ici qu’on ira. Débouler jusqu’à Mikumi. De grands espaces et forcément la faune. Le chemin est là mais c’est plus fort que nous. Nous bifurquons. Montée d’adrénaline. Réflexions devant le choix d’une direction. S’en remettre à l’instinct. Sortie de route. « Pole sana » dit-on ici. Vouloir s’extraire. Echouer. Envisager de dormir dans la savane pour une nuit. Puis, après quelques heures, l’assistance de quelques gars. Accolades. Rouler à nouveau dans la nuit noire et dangereuse. S’arrêter quelques heures dans une chambre à la lumière blafarde. Repartir. Etre bien. Sur la route.

On the Road – The trailer

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On the road

En attendant la bande annonce, voici l’affiche du prochain film de Walter Salles ON THE ROAD, adaptation du célèbre roman de Jack Kerouac.

Au lendemain de la mort de son père, Sal Paradise, apprenti écrivain new-yorkais, rencontre Dean Moriarty, jeune ex-taulard au charme ravageur, marié à la très libre et très séduisante Marylou. Entre Sal et Dean, l’entente est immédiate et fusionnelle. Décidés à ne pas se laisser enfermer dans une vie trop étriquée, les deux amis rompent leurs attaches et prennent la route avec Marylou. Assoiffés de liberté, les trois jeunes gens partent à la rencontre du monde, des autres et d’eux-mêmes.

If Jack Kerouac had never written ON THE ROAD, « The Doors » would never have existed. Ray Manzarek, co-founder of the band.

Dar es Salaam

Mi-décembre. Les points enneigement commencent à squatter les ondes françaises. J’écoute, un peu distrait. Légitimes instants de flottement. Il me reste peu de temps. Ce temps délicat, difficile à appréhender. Vouloir apprécier chaque seconde, l’imprévu de la prochaine escale montrant parfois son visage.
Dans ma tête se dessine progressivement l’idée du départ. Je fouille et découvre Kundera : « il n’est rien de plus beau que l’instant qui précède le voyage, l’instant où l’horizon de demain vient nous rendre visite et nous dire ses promesses. »
Peu de promesses de mon côté pour l’instant. Une vague idée de l’horizon toutefois. La Tanzanie. Un nom qui résonne dans ma tête comme une formule magique.
Repartir après la tempête. Le temps s’étant quelque peu écoulé, le sac alourdi. Et pourtant. Repartir. Une nouvelle page qui respire à nouveau l’Océan Indien. Une nouvelle substance, douce et forte à la fois.

Raconte moi la terre

Rendez-vous le vendredi 2 décembre à 19h à la (superbe) librairie « Raconte moi la terre » (14 rue du Plat – LYON – Bellecour) pour une conférence durant laquelle Romain Corraze (Romain World Tour) et moi même témoignerons de notre expérience de « Tour du monde ».  Projection, lecture, dédicaces et échanges sont au programme…

Entrée libre et gratuite.

Le Grand Bivouac – 10ème édition

Le Sahara est-il toujours celui de Théodore Monod ? L’Asie Centrale, celle d’Ella Maillart ou d’Alexandra David-Néel ? L’Orient, celui de Nicolas Bouvier ou encore la Mer Rouge, celle d’Henry de Monfreid ? Pour sa 10ème édition, le Grand Bivouac, festival du voyage et des découvertes partagées, a choisi de confronter ces « voyageurs magnifiques » qui, au XXème siècle, ont nourri notre imaginaire, aux mondes d’aujourd’hui. Temps forts et témoignages inédits annoncés.

Conférence autour du livre Affranchis du temps le samedi 22 octobre à 16h30 – Maison Perrier – Conflans

+ d’infos: Grand Bivouac – Sullivan Benetier - Affranchis du temps

Fête du livre de Saint-Etienne

La 26e édition de la Fête du Livre de Saint-Etienne se déroulera les 14, 15 et 16 octobre 2011. Après avoir choisi pour thématique en 2010 les notions d’image et d’imaginaire en littérature à travers la thématique « Des images et des mots », la Fête du Livre de Saint-Étienne met cette année à l’honneur la liberté.

Rendez-vous sur le stand n°13, le vendredi 14 de 9h30 à 14h et le dimanche 16 de 10h à 18h30 pour une dédicace du livre Affranchis du temps.

+ d’infos: http://www.saint-etienne.fr/culture/grands-rendez-vous/fete-du-livre

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The Lady

The Lady, c’est l’histoire d’une femme d’exception, Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix en 1991 pour son combat contre la dictature militaire qui sévit en Birmanie depuis 1988, qui a sacrifié son bonheur personnel pour celui de son peuple. The Lady est aussi l’histoire d’une femme devenue l’un des symboles contemporains de la lutte pour la démocratie.

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Le film, présenté en avant-première lors du Festival de Toronto début septembre, sortira en salles le 30 novembre prochain.

Un projet audacieux orchestré par Luc Besson qui – espérons-le – sera à la hauteur du combat que mène la Dame de Rangoon…

Carnets du Vietnam

Extrait du livre « Affranchis du temps » publié dans les Carnets du Vietnam.

Souvenirs d’une rencontre fortuite…

Lien: http://www.carnetsduvietnam.com/carnetsdvn30.pdf

Chroniques sonores sur France Inter

« Affranchis du temps » version Carnet sonore vient d’être primé dans le cadre du concours organisé par France Inter ( Emission « Partir avec » de Sandrine Mercier – 20 juin 2011)

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.



Site internet: Partir Avec… Sandrine Mercier – France Inter


Au programme

J’irai ce mois-ci à la rencontre de collégiens ligériens pour échanger sur le thème du voyage.

Je serai également le samedi 18 juin 2011 à partir de 14h30, à St-Etienne, à la Librairie de Paris pour une journée de dédicaces du livre « Affranchis du temps ».

http://www.librairiedeparis.fr/

6, rue Michel Rondet 42000 Saint-Étienne • Tél : 04 77 49 21 21

Newspaper

charlieu

Le Progrès – 16/05/2011

La Loire s’affranchit

Rendez-vous le samedi 14 mai 2011 à Charlieu (Loire) à la librairie « Carnet à spirales » pour une journée de dédicaces du livre « Affranchis du temps ».

Librairie le carnet à spirales
32 rue chanteloup – 42190 Charlieu
Tél : 04 77 60 08 55

On the radio

La Radio RCF évoque « Affranchis du temps »

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

« Invité Culture » présenté par Lucie Baverel – Chronique de Julie Perez (Raconte moi la Terre) – 30 mars 2011

Planète Couleurs

Rendez-vous les 1/2/3 avril 2011 au Festival « Planète Couleurs » de Saint-Etienne (Espace Fauriel). Présentation et signature du livre Affranchis du temps.

+ d’infos sur http://www.planete-couleurs.com/

Rendez-vous

Rendez-vous le week-end prochain au Salon du tourisme de Lyon (4/5/6 février à la Halle Tony Garnier). Présentation et signature du livre Affranchis du temps sur le stand de la librairie « Raconte moi la terre ».

salon-mahana-2011

Madagascar – Carnet de voyage

En partage aujourd’hui un extrait du court-métrage de Bastien Dubois, cinéaste explorateur, aquarelliste de talent rencontré il y a plus d’un an à Antsirabe. Un récit sous la forme d’un carnet de voyage qui diffuse à la fois le goût des chemins et dresse un authentique tableau de l’île rouge. Un format court dans lequel se mêlent émotion, souci du détail et authenticité des rapports.

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+ d’infos sur le film: www.bastiendubois.com/mada/

Le prince des poètes malgaches

Imaginez en ce début de XXe siècle un jeune « indigène » d’une île soumise à la prestigieuse culture française et se découvrant le don d’écrire. Jean-Joseph Rabearivelo (1903-1937), figure littéraire majeure de Madagascar, extrémiste de la vie, écorché vif, a su écrire les plus belles choses, explorer toutes les sensations. Celui que Léopold Sédar Senghor surnomma le « Prince des poètes malgaches » a su montrer une affinité à la fois avec les poètes symbolistes et surréalistes, tout en restant fortement enracinée dans la géographie et le folklore de Madagascar. Berné par une promesse non tenue – celle de représenter officiellement son pays en métropole à l’occasion de l’exposition universelle – il mit en scène son suicide dans les Calepins Bleus avant de rejoindre d’autres cieux. Le lundi 24 janvier se tiendra, à l’initiative de l’Agence universitaire de la Francophonie (ENS Ulm, salle Dussane, 45 rue d’Ulm, 75005 Paris), une journée d’études consacrée à l’écrivain malgache. Vous pouvez aussi découvrir son œuvre via les Œuvres complètes qui viennent d’être publiées.

Veloma

Au retour de mes pérégrinations, Ella Maillart m’avait indirectement soufflé : « Je sais, d’expérience, que courir le monde ne sert qu’à tuer le temps. On revient aussi insatisfait qu’on est parti. Il faut faire quelque chose de plus. » Ce «quelque chose de plus» fut pour moi les hauts plateaux de Madagascar. Un pays à la fois simple et complexe, un pays attachant si l’on veut bien mettre le temps  de côté. A l’écart d’une foule paisible, et alors que je vis actuellement mes dernières heures sur cette terre, je revois les passants s’accrochant aux grilles des boutiques afin d’y lire les grands titres des journaux ; je me lève, léger, poreux, emprunte le sentier, effleure l’épaule d’une vieille femme à la grâce naturelle. Je ne connais ni la vie ni le nom du tireur de pousse qui vient de me saluer. J’ai pourtant l’impression de le connaitre depuis toujours. Voilà maintenant deux ans que je le croise chaque matin au même endroit. Je refais surface au devant d’une gargote, y commande un café et quelques mofo gasy. « Mahay miteny gasy tsara ! » Je ne me lasse ni de cette phrase, ni des intonations chantantes s’échappant de part et d’autre de la rue. Lanzmann, au retour de ses voyages, ne savait plus dans quelle sorte de répertoire se classer. Partir est une chose, revenir en est une autre. Les souvenirs et les sons comme refuge, j’avancerai puisque de toute façon, « il faut faire quelque chose de plus »…

« Raha sendra lasa izaho
Dia izao no zavatra hataonao ahy
Medehana any an-tsaha
Ary Mangala
Voninkazo mimosa »

Mahaleo

http://www.dailymotion.com/video/x9z4g0

Prochainement…

Samedi 20 novembre 2010 – 10h – Alliance française d’Antsirabe – Madagascar :

Conférence autour du livre « Affranchis du temps » en compagnie de Philippe Bonaldi qui présentera son ouvrage intitulé « Oui-Oui de Maupassant – Pensées particulières »

Vendredi 03 décembre 2010 – 10h -Alliance française d’Antananarivo – Madagascar :

Conférence autour du livre « Affranchis du temps » en compagnie de Philippe Bonaldi qui présentera son ouvrage intitulé « Oui-Oui de Maupassant – Pensées particulières »

Avec comme invités d’honneur les auteurs malgaches Nalisoa RAVALITERA (œuvre « MATOY » – 2009) et Brice RAKOTOMANGA (petit fils de Jean Joseph RABEARIVELO)

Conférence animée par Mr Julien RAKOTONAIVO, Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres de la République Française.

Vendredi 10 décembre 2010 – Librairie Mayol – Roanne – France :

Séance de dédicace

Samedi 11 décembre 2010 – Librairie Mise en Page – Lyon – France :

Séance de dédicace

La frontière des mots

Fidèle alliée de l’écrivain, la musique est un art, une sorte de sphère unique, variant pour l’individu selon les circonstances, légère ou épineuse selon la force du vent. Orpheline de mots, elle sait se rendre indispensable pour celui qui pose sur le papier une pensée, un sens, un rejet. Lorsqu’elle s’emballe, s’échappe du bout des doigts d’Einaudi, elle peut élever l’homme au-delà de toute forme de considération futile. Bienfaisante, enivrante, la musique sait vous entrainer dans le champ de l’inexploré. Elle vous raconte aussi qu’au-delà de son côté destructeur, l’homme peut également sublimer le réel et tutoyer l’extraordinaire.

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Ludovico Einaudi – « Divenire » – Live @ Royal Albert Hall London

L’appel de la route

3 minutes de réflexion. Décision prise lors d’une soirée anodine. Reprendre le sac, y mettre quelques affaires et s’en aller dès le lendemain vers l’Ouest.  Sauter dans une pirogue, se laisser porter durant trois jours par le fleuve Tsiribihina. Grimper dans une charrette à Zébu, patienter dans l’attente d’un bac qui nous fera traverser un cours d’eau, observer depuis une terre vierge de toute construction les trainées de la voie lactée dans un ciel immense. Se poser, humble et discret. Les contrées Sakalavo sont résolument différentes des hauts-plateaux où j’ai élu domicile. Un pays dans le pays. Prendre la piste, atteindre les Tsingy de Bemaraha – sanctuaire de pierre unique au monde crée par l’érosion de surface  –, suffoquer sous la chaleur accablante, prendre la route à nouveau pour rejoindre l’allée des baobabs à proximité de Morondava. Ne plus rien penser. S’éparpiller dans la brousse, s’isoler pour flirter avec l’arbre centenaire. La vision est pure, brute. Une force emmagasinée pour les mois à venir…

Secrets opaques

Dans la campagne étendue du Vakinankaratra, près de la commune de Belazao, se cache une merveille, un héritage volcanique précieusement gardé par un vieillard – gardien du mythe – au sommet du Mont Tritriva. Les eaux profondes et opaques du lac portent en elles la légende propagée depuis des générations. À quelques mètres au dessus de l’eau, deux arbres entrelacés évoquent toujours le suicide de deux amoureux qui n’auraient pas supporté la désapprobation parentale. On parle aussi des « fady », ces interdits qui campent le lieu sacré. A vouloir les défier, on y risquerait sa vie. Alors on se tait puis on écoute. Les pas du vieux s’éloignent lentement par dessus les pentes entourant le lac, jusqu’à ce qu’on ne distingue plus aucun son. On pense alors être seul. Mais les esprits sont là, piégés par la falaise abrupte. Ceux-ci nous proposent la contemplation silencieuse, univers impalpable et purifiant. On boit chaque instant jusqu’à recouvrer le chemin du retour. Sur la route caillouteuse, que de simples lots de paroles seront échangés…

Pérégrinations Sud-Africaines

Terre d’espoir et de contrastes, de pardon et de repentis,  entre le mythe de la Rainbow Nation, le charme de Cape Town, les turbulences de Durban, les plaies que l’on aspire à panser, la faune et la flore, les villages reculés du kwaZulu-Natal. Une virée déroutante lorsque l’on a connu une autre Afrique, celle de Bamako, d’Antsirabe et de Ouagadougou.

La vie, c’est pas du gâteau

Deux voix se sont barrées. L’un chantait la solitude, le sida, l’alcool, l’amour. L’autre partageait des textes qui avaient du nerf, de la « graine de passion ». Mano Solo et sa voix éraillée. Lhasa et sa voix désemparée. D’un coté des javas qui rient, des rocks teigneux, des cris, des convictions. De l’autre, une voix grave et profonde produit d’une âme bouillonnante. Deux âmes itinérantes parties pour d’autres cieux. Le premier nous conseille de ne pas pleurer. Alors, on écoute à nouveau, on insiste, mais on s’aperçoit qu’on avale avec peine. On se demande désormais ce qu’il a pu se dire à l’examen du grand sage. Qu’importe. Le combat continue – comme tu le chantais – sans toi, sans vous. Par vos mots, vos bouts de chansons, de La Marmaille nue à la Llorona, vous restez bel et bien vivant dans « notre monde à la con ».

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Mano Solo

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Lhasa

Riche de tout ce dont on n’a pas besoin

Parce qu’il n’y a pas meilleures soirées que celles détournées et imprévues, celles où il s’échange presque autant de paroles que de vibrations musicales, ce genre de soirée où – comme Ella Maillart – l’on se sent riche de tout ce dont on n’a pas besoin, il m’est venu l’envie d’en restituer une bribe en postant rien qu’une simple découverte, rien qu’un bout de chanson, celle d’André Minvielle, « vocalchimiste », rythmicien, rugbyman ou garagiste, parti à la rencontre des langues, des accents de France et d’ailleurs pour mieux enrichir sa musique multiculturelle. Joyeuse écoute…

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Mahazina

Lorsqu’il n’y a plus rien à vendre ni à acheter, que la nuit tombe et que la fatigue d’une journée de labeur se fait sentir, les hommes du quartier populaire de Mahazina se rassemblent, s’assoient, allument parfois un feu, puis se mettent à chanter…par simple plaisir ou pour oublier un peu. Le 26 septembre, ils se produiront pour la toute première fois sur une scène, devant un public, en 1ère partie d’un illustre musicien malgache. Ce jour là, je l’attends secrètement, avec impatience. Savoir attendre, faire jeu égal avec le temps, et se contenter pour l’heure d’intenses séances de répétitions…

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Source vidéo: http://www.madagascar-antsirabe.com/

Paroles d’écrivains voyageurs : Isabelle Eberhardt

isabelle-eberhardt

« Un droit que bien peu d’intellectuels se soucient de revendiquer,
c’est le droit à l’errance, au vagabondage.
Et pourtant, le vagabondage, c’est l’affranchissement,
et la vie le long des routes, c’est la liberté.
Rompre un jour bravement toutes les entraves dont
la vie moderne et la faiblesse de notre cœur,
sous prétexte de liberté, ont chargé notre geste,
s’armer du bâton et de la besace symboliques, et s’en aller !
Pour qui connaît la valeur et aussi la délectable saveur
de la solitaire liberté (car on n’est libre que tant qu’on est seul),
l’acte de s’en aller est le plus courageux et le plus beau.
Egoïste bonheur, peut-être. Mais c’est le bonheur,
pour qui sait le goûter.
Etre seul, être pauvre de besoins, être ignoré,
étranger et chez soi partout, et marcher, solitaire et grand
à la conquête du monde. »

Isabelle Eberhardt

Quand la mort se met à danser

Il est 14 heures lorsque l’agent de la municipalité déverrouille la porte du tombeau. La famille est là, regroupée au pied du monument funéraire. La porte de béton tremble un peu. L’excitation monte alors d’un cran. Shootés par le toka gasy et la musique lancinante de la fanfare postée en retrait du tombeau, hommes et femmes s’agitent dans une sorte de transe incontrôlable. Tandis qu’une poignée d’hommes s’infiltre dans la noirceur du tombeau, les villageois se massent devant son entrée pour en voir sortir les premières dépouilles. Enroulés dans des linceuls et protégés par des nattes, les corps retrouvent la lumière, 3 ans, 5 ans, 7 ans ou parfois même 9 ans après avoir été enfermés dans le caveau familial. L’orchestre accélère le rythme. La caisse de résonance des tambours s’infiltre en secret dans tous les crânes. Les cris redoublent, les bras se lèvent, les yeux tournoient, la poussière monte. Ivres, les hommes extraient les derniers corps puis les alignent au sol. Les nouveaux linceuls, blancs comme neige, sont alors dépliés puis enroulés autour de Dada et Mama partis il y a déjà plusieurs années. L’alcool, dont on ne saurait dire ni le degré ni la contenance exacte, est proposé au vazaha que je suis. Je m’exécute sous les vivas de la foule qui s’agrippe à mon cou et me fait danser. Le protocole dure encore une heure. Drapés dans leurs nouveaux « habits », les défunts soigneusement distingués par une écriture posée à même le linceul retournent alors dans la fraîcheur et le calme du tombeau…jusqu’au prochain famadihana.

Sainte-Marie, ses pirates, ses baleines…

Sur un promontoire accessible à marée basse et faisant face à l’Ile aux Forbans, un verdoyant cimetière est le lieu de repos éternel d’aventuriers des mers du sud. A l’entrée de ce lieu en ruine, sur la première des tombes, une pièce de monnaie et quelques bonbons sont les dernières offrandes des guides locaux faites pour s’excuser des visites. L’une des pierres tombales porte l’emblème bien connu, un crâne et deux tibias croisés. Cette presqu’île est en effet la sépulture de pirates, de hors là loi, de fonctionnaires des colonies et de forçats étrangers. On y découvre aussi de nombreuses tombes de marins et trafiquants dont certaines datent du début du dix-huitième siècle. Ici, un capitaine semble avoir été enterré debout, là, un matelot s’est fait graver une épitaphe insolite par son meilleur ami…